Le Dahu m’a eue !

Le Dahu m’a eue !

Pendant les réunions de famille j’ai tendance à déraper. Hier, je n’ai pas dérogé à la règle. Moment de gêne intense pendant le dîner : j’ai terminé rouge écrevisse à fixer mon assiette n’osant plus croiser les regards moqueurs. Après mes premiers mois loin du Nord j’étais fière de raconter ma nouvelle vie grenobloise. J’explique ce que j’y fais et notamment mon rôle au Dahu : « c’est un guide des bons plans, l’équipe est sympa, ce que l’on y fait est intéressant… » .

Tout se passe bien jusqu’à ce que mon oncle me demande si je sais ce qu’est un dahu. Toute fière je décris l’animal en pensant au logo de l’association. A mi-chemin entre le chien et le bouquetin ma description est révélatrice de mon ignorance de la faune montagnarde. Je reste sérieuse, j’en parle avec assurance. Une fois terminé, ma petite sœur ricane : « Mais tu sais quand même que c’est un animal imaginaire ? ». Je conteste. J’ose même dire que c’est un animal typique de la région, la preuve ? Pendant ma dernière sortie ski, j’ai repéré un télésiège qui porte son nom, au même titre que celui de la marmotte ou du cabri. C’est au tour de ma grand-mère d’intervenir : « Ta sœur a raison, le dahu est une pure invention ! ». Tout est dit. La voix de la sagesse a parlé. Je me tais, pas elle : « Et puis, il ressemblerait plutôt à un bouquetin avec deux pattes plus courtes que les autres, soit du côté gauche, soit du côté droit, ce qui lui permettrait de se déplacer sur le versant droit ou gauche de montagne malgré une pente très raide. Enfin c’est surtout une légende montagnarde, pour se moquer des gens naïfs, souvent citadins. Son appellation change en fonction des régions : on l’appelle darhut en Bourgogne, darou dans les Vosges, dairi dans le Jura ou encore tamarou dans l’Aubrac. Si on te demande si tu veux aller à la chasse au dahu, c’est qu’on te prend pour une brave fille un peu sotte. Ceux qui l’ont tenté ont été bien ridiculisés. Entre celui qui finit seul la nuit à l’attendre avec un sac pour le capturer ou celui qui appelle bêtement l’animal en sifflant, les rituels pour le capturer finissent soit en grand moment de solitude, soit en fou rire. » Il n’y a pas de doute j’aurai terminé dans la première catégorie, quant à mes voisins de table, à voir leur sourire moqueur, ils n’ont pas eu besoin de m’envoyer faire une battue pour pouvoir m’afficher comme la reine de la boulette.

Au moins j’ai appris deux leçons : la première, arrêter d’étaler ma science, la seconde, ranger le dahu dans la catégorie monstre du Loch Ness, licorne et Marsupilami.

Capucine du Rostu